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UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE

Group show curated by Martine Feipel
With Simone Decker, Serge Ecker, Martine Feipel & Jean Bechameil, Marco Godinho, Andrés Lejona, Filip Markiewicz, Franck Miltgen, Eric Schumacher and Roger Wagner.

Preview on Wednesday November 7, 2018 from 6pm in presence of the artists.
Exhibition November 8 – December 22, 2018.

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PRESS RELEASE

L’exposition comme monde

Une exposition « réussie » a cette capacité étrange et à chaque fois surprenante d’absorber la personne qui la pénètre, de l’emporter et de la transposer dans un monde qui est autre. Intituler une exposition « Un autre monde est possible » c’est avant tout suggérer, voir prendre position pour dire qu’une exposition – avant d’être un dispositif institutionnel, socio-politique et potentiellement historique – est d’abord un univers artistique : un monde sensible.

Ce n’est qu’ensuite que ce monde se situe dans le temps (avec un passé, un présent et un futur) et dans l’espace puisqu’il se déploie dans un contexte donné, dans une architecture, qui a des limites et des ouvertures – des « lignes de fuite »[1]. Ce monde occupe ainsi des territoires (réels, idéels, symboliques) et il est constitué d’éléments, de matières, de couleurs, de personnes (ou de personnages) de générations diverses, d’insiders et d’outsiders, de rapports d’amitié et de force, de tensions créatrices, de rencontres[2], de liens profonds et d’incompatibilités potentielles, d’intuitions… Cette exposition-monde est aussi marquée par des moments historiques[3] et des presque-riens[4] qui changent tout, par des départs et de nouvelles arrivées, par des présences et des absences. C’est un univers en soi.

En intitulant son exposition « Un autre monde est possible » l’on pourrait donc dire que Martine Feipel, l’artiste qui devient ici également curatrice, nous invite à oser regarder des œuvres, des cheminements et des démarches artistiques sous un autre angle. Elle suggère ainsi que, parfois, l’on pense connaître, maîtriser (et enfermer) une image, une œuvre, une démarche ou une scène artistique dans une interprétation donnée, mais qu’il suffit de changer de perspective, d’ouvrir un échange nouveau entre les œuvres, pour découvrir – et prendre plaisir dans ce processus – que le « connu » nous était dans une certaine mesure inconnu : car il apparaît maintenant comme étant tout autre.

Composer une exposition
À l’origine d’une exposition il y a toujours une idée. Une certaine vision du monde – et de l’art – qui s’exprime ensuite comme une composition : une série de choix, de décisions, de compromis et de surprises. Nous pourrions même dire qu’une exposition est la projection, l’installation, l’occupation et l’interprétation de l’espace (à travers des œuvres d’art) en fonction d’une certaine conception du monde (de l’art). En invitant ainsi Martine Feipel à concevoir une exposition d’artistes luxembourgeois, la Galerie Zidoun Bossuyt prend aussi une position qui consiste à dire que les artistes (qui sont en effet toujours co-curateurs de leurs propres expositions) ont un rapport singulier à l’art et (lorsqu’ils s’intéressent au travail des autres) une manière d’appréhender les œuvres des autres artistes qui présente une singularité.

Martine Feipel a accepté le défi. Elle a ensuite choisi des démarches artistiques qui l’inspirent, qu’elle connaît et dont elle suit le développement depuis plusieurs années. Puis elle a mis en œuvre une sorte de protocole, une méthode assez singulière pour développer le projet : elle a définit une notion à partir de laquelle elle a invité les artistes. Elle a laissé cette notion faire rhizome[5] dans leurs réflexions et dans leur œuvre. Autrement-dit, et pour reprendre l’expression de Gaston Bachelard, elle a choisi un terme qu’elle a laissé « passer par la métaphysique de l’imagination »[6] de chaque personne participant au projet. Les artistes ont ensuite travaillé ensemble sur le choix définitif des œuvres. « C’est un sujet qui m’est propre, que je connais, que je travaille et qui me passionne. Il contient tout : les histoires personnelles, les rêves, la politique, les tensions de notre société, mais aussi les potentialités pour des formes nouvelles, la nature, l’environnement,… il est une autre manière de parler de l’humain, il est quelque chose de plus grand que l’humain [mais qui part du corps humain]. Ce sujet, c’est l’espace ».

Cet extrait de l’introduction de Gaston Bachelard à sa Poétique de l’espace peut devenir le fil conducteur pour appréhender la démarche de Martine Feipel dans le cadre de cette exposition[9]. Car alors qu’« Un autre monde est possible » nous place face à des œuvres qui attirent par leur beauté et nous emporte dans le monde de l’art, les artistes choisis ne se sont guère accommodés d’idées tranquilles. Le monde de l’exposition se développe en rapport à notre monde, il devient ainsi parfois espace de revendications politiques, de combat, de refuge, d’abris, parfois espace en ruines ou espace mnémonique, puis espace poétique, espace d’agonie (le cosmos), espace du corps invisible de l’artiste ou espace visant à accueillir le corps de l’absolument Autre (le spectateur de l’exposition), espace de jeux et d’inversement des échelles, espace romantique dévoilant l’impact des activités humaines sur notre environnement, espace transfiguré par la sculpture, espace de projection dans l’espace, espace d’utopies… espace de rêveries et de désir, espace du commun, du disparu, de l’habité, de l’habitable et de l’inhabitable, espace comme dialectique du petit et du grand, espace intime et espace comme « lieu psychique ».

Nous pourrions dire, qu’« Un autre monde est possible » constitue l’extrait d’une topoanalyse subjective et artistique de l’idée de l’espace.

La polyphonie comme ouverture
« En recevant, une image poétique nouvelle, nous éprouvons sa valeur d’intersubjectivité »[11].

La polyphonie peut devenir dissonante. La multiplicité peut entraîner des désaccords. C’est probablement pourquoi Martine Feipel a laissé les différences et même les contradictions s’exprimer. N’est-ce pas aussi cela composer une exposition, c’est-à-dire penser ? Il y a peut-être ici un peu de provocation. Mais l’artiste-curatrice de l’exposition voulait peut-être avant tout se provoquer elle-même par l’interrogation et ensuite par le partage de cette interrogation.

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